[BaselWorld] Opus XI Harry Winston, Time Bomb.


Paradoxalement, alors qu'il serait plus logique que BaselWorld, vu l'ambiance de crise, soit plus médiocre que le SIHH, on a assisté à l'inverse, un Basel explosif, multicolore, whaouh, horloger, une explosion créative.
Alors que le SIHH, aurait sombré dans les abîmes de l'ennuie dans sans l'excellente prestation de Panerai.

Basel fut l'inverse, un festival, malgré neufs jours de présence intensifs, j'ai raté nombre de choses, mais j'ai eu la chance de passer l'Opus Eleven, incontestablement la montre la plus Whaouh du salon.

J'avais suivi les news de Pons sur Business Montre à ce sujet, après une Opus X difficilement lisible, et pas très segmentante par rapport au reste de la gamme HW, Harry Winston revient avec une Opus Onze qui renoue avec l'idée que je me fais de cette série d'exception.

Harry Winston à fait appel à un ancien collaborateur, Denis Guiguet, et un ancien consultant design, responsable de la plus originale Opus, après le phénoménal succès de l'Opus IX, Eric Giroud, revient.

L'idée initiale était de faire éclater le temps, à l'heure d'internet, du mondialisme, de moins-disant social, les rythmes sont cassés, par les Jet-Lags, par le rapport à finir en urgence, par le contremaitre de l'ouvrière Chinoise. L'idée de l'explosion temporelle prend alors tout son sens.
La lecture traditionnelle de l'heure, avec par exemple ses grandes dates, ses calendriers perpétuels (notamment les dimanches affichés en rouge), se réfère à un paradigme horaire, ou les rythmes, les saisons, les jours de la semaines étaient codifiés par une société traditionnelle, des religions, des codes féodaux, relativement figés.
La marche du post-capitalisme, financier, ultra-libéral et mondialisé, ne tolère plus ces regrettables pertes de productivité.
Ainsi nos instants, sont quotidiennement fragmentés par un call de l'Allemagne, par un Communicator du Japon, par un mail hystérique des USA. 11H du soir, un appel paniqué d'un tech, un serveur est tombé, faut vite faire une restore de données.
Avec cette fragmentation temporel, avec la continuelle sollicitation de tous les nouveaux gadgets électroniques, on doit vivre les instants de loisirs et familiaux plus efficacement, plus rapidement, plus intensément. Difficile de prendre le temps de lire un essais, de jouer avec sa fille une soirée.
On pourrait disserter sur douze pages de l'explosion temporelle du aux rythmes imposés par nos vies 2.0, mais comme je souhaite continuer à faire exploser les audiences, je vais revenir à l'Opus Eleven.

Cette Opus 11 ne couvre finalement qu'un pourcent des questions philosophiques, sociétales, économiques et horlogères soulevés par le fabuleux pavé lancé dans le marigot du paradigme horaire occidental sur douze heures et 7 jours. Mais ce pavé à été jeté par cette montre et ses créateurs.

Le concept d'affichage de l'heure, développé par Denis Guiguet sur l'Opus XI diffère complétement de son travail chez MCT, alors que les Opus précédentes reprenaient des complications existantes (à l'exception notable de l'Opus IX qui a ouvert la voie à l'Opus XI à tous points de vue). L'opus XI intègre une complication inédite, chaque satellite porte 3 mini-satellites comportant 2 palets marqués double face, on a ainsi, 4*3*2*2=48 palets, comme il faut 4 palets pour afficher une heure, la montre affiche donc l'heure sur 12 heures (et non pas 24 comme l'on pourrait s'y attendre initialement).

Là ou elle diffère complétement du travail de Guiguet sur la Sequential One, c'est que l'affichage des minutes se fait sur un compteur secondaire, avec double disques, dizaine, unité. Disque que l'on retrouve à 45°, je n'ose employer le terme à deux heures tant cette notion ne correspond plus à rien sur cette montre, à 135° , on retrouve dans le troisième disque le grand balancier titane.

Une chaine d'énergie complétement nouvelle a été développée pour propulser le lourd système de satellites, mais le système était tellement puissant qu'il à fallu finalement alourdir les satellites et les palets afin de consommer assez d'énergie pour ne pas provoquer de décalages chronométrique.En somme l'industrie lourde qui vient au secours du temps ultra-libéral, belle parabole de crise!!

Une indispensable vidéo d'illustration:

http://www.youtube.com/watch?v=iDu0V-OtBTQ&feature=related

Denis Guiguet:

La boite se coulisse, pour présenter la montre de manière très originale.

L'éclatement du temps est également dimensionnel dans cette montre, on voit au travers de montre d'indépendants, comme la HL, HL 2.0 chez Hautlence, ou de la MB&F HM3, une mise en volume de l'affichage de l'heure, mais aucune montre n'avait poussé le concept à ce paroxysme, car elle apporte avec ses volumes la troisième dimension qui complète les 2 dimensions habituels des affichages, la dimension temporelle, la quatrième venant ainsi parfaire la quadrature des dimensions.
Paroxysme esthétique aussi, alors que la Sequential One MCT est plutôt sage, boitier carré légèrement galbé, ici, les normes esthétiques sont fragmentées par le radicalisme circulaire d'Eric Giroud, alors que son travail sur l'Opus 9, résolument radical au global était modéré par des lignes très douces, des angles inexistants, et des proportions harmonieuses, ici, il n'en est rien, il y à au contraire du jusqu'au boutisme dans ce design explosif.

La grande force esthétique de cette montre est qu'elle se pose parfaitement au poignet, le boulot sur les cornes est très sérieux, alors qu'elle semble complétement déséquilibrée sur le plateau, les cornes l'enracine complétement au poignet. D'ailleurs pour vraiment comprendre son esthétique, il faut à mon sens la passer au poignet, d'où le grand nombre de wristshots dans ce sujet.

A certains égards, en la voyant, je pense à l'Antiqua de Vianney Halter, montre Steampunk, si il en est, ici on aurait plutôt au poignet la Futura, montre post-cyberpunk, si il doit en être.

Le travail sur le verre est très impressionnant, un travail sur la transparence, elle laisse néanmoins perplexe sur le fonctionnement du système, encore une fois, une belle métaphore sur notre époque de Kairos.
Cet instant de Kairos revient d'ailleurs dans le basculement immédiat des disques d'affichage, une montre d'actualité à tous titres.

Le choix des compteurs déportés, est radical à tous égards, dans ce travail de cercles en révolutions, je retrouve le travail des cadrans classiques qu'Eric Giroud à réalisé pour Heritage Watch Manufactory.
Le choix de placer le balancier dans une ouverture dédié est très judicieux, il donne la touche de vie nécessaire à l'haletant délais entre deux moments de Kairos ou le temps déflagre.

De surcroit présenter le balancier dans un disque dédié permet de dissiper tout malentendu sur la présence de moteurs électriques dans cette montre, car on pourrait croire que cette impressionnante usine à gaz pleine de pignons, de cônes, de palets est alimenté par de minuscules servo-moteurs.
Mais l'ouverture sur le balancier et le traitement classique du mouvement rassure ou surprend sur ce choix technique impressionnant.

L'exercice de présenter de nouveaux modes d'affichage de l'heure en 3-D était symptomatiques des années folles de l'horlogerie, 2005-2008, Hautlence, MB&F, MCT, on croyait le concept épuisé, en tout cas suffisamment usé pour ne plus beaucoup nous surprendre, pourtant, indubitablement, Harry Winston réussit à faire détoner le concept. Les talents de Guiguet, après la relativement sage MCT et de Giroud avec ses habituels galbes doux, se combinent pour sombrer dans le cyberpunk, en dynamitant la lecture du temps.


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